Le Haschich au Maroc

Fumée clandestine, le haschich au Maroc

Autant traditionnelle que polémique, la culture du cannabis dans le Rif concerne toute l’économie agricole, informelle et familiale de cette région. Jusqu’à maintenant, aucun gouvernement n’a réussi à en éradiquer la culture et les solutions proposées aux producteurs rifains depuis longtemps habitués aux exceptions, ne satisfont personne.

Le Rif, région au nord du Maroc, est le premier producteur mondial de Cannabis Indica.

Du cannabis au haschich

La résine de cannabis, le hachich, est contenue dans les trichomes, les glandes sécrétoires des feuilles et fleurs des plants femelles, les plants mâles n’en produisant pas.

Au Maroc, la technique employée est la plus largement utilisée dans les pays arabes. Elle consiste à faire sécher au soleil les plants arrachés avant un tamisage devant séparer les trichomes des matières végétales.

Le choix du tamis reste primordial, plus le maillage est fin plus les trichomes seront concentrés pour aboutir à une qualité supérieure. Ce choix de tamis déterminera donc à la fois qualité du haschich et son lieu de destination. Cette méthode est par ailleurs admirablement décrite par Henry de Monfreid dans son livre ‘’La croisière du haschich’’.

Pour l’anecdote le célèbre haschich dénommé ‘Double Zéro’ provient d’un maillage le plus fin qui soit et de deux tamisages. Ce processus le rendant très rare au Maroc, même sur les lieux de production, il est donc assez rare en Europe.

Résine de cannabis pressée ou non

La résine obtenue est ensuite stockée pour en bonifier autant la saveur que les effets. Au Maroc, le pressage se fait de manière hydraulique, fournissant des plaquettes plus ou moins malléables, variant d’une couleur jaunâtre à marron en passant par différents tons de vert.

L’on peut cependant trouver du haschich juste compressé une fois pour le compacter et le rendre plus maniable, mais ce qui a pour effet de minimiser l’oxydation des cannabinoïdes. En Asie : Afghanistan, Pakistan, Népal, le pressage se fait traditionnellement à la main.

Le hachich du Rif est principalement conditionné en plaquettes ou savonnettes plus petites, ou encore en ‘’olives’’. De couleur et de consistance variables, il est amer et acre, fort au goût ; il s’en distingue plusieurs qualités dont les plus connues sont le Pollen, le Double Zéro, le Primero ou encore le Ketama.

Le Kif

Le kif, bien que préparé différemment, est en fait de l’herbe mélangée avec du tabac noir cultivé dans les montagnes du Rif.

On le trouve conditionné de deux façons : prêt à l’emploi ou sous forme de bouquet regroupant plusieurs extrémités de branches séchées garnies de têtes avec plus ou moins de graines et de petites feuilles.

Généralement fourni dans du papier journal ou une poche, le bouquet est vendu avec quelques feuilles séchées de tabac noir. À l’époque de la Régie Marocaine des Kif et Tabac, le mélange était de deux tiers de plante finement coupée pour un tiers de tabac noir.

Une préparation fastidieuse

Manuelle, la préparation du kif est un travail fastidieux pour qui n’a pas l’habitude. Une première étape consiste à éliminer les bouts de branchages, d’éventuelles feuilles trop grandes puis éliminer les graines tout en les débarrassant de la fine enveloppe qui les recouvre.

Une partie de ce travail peut être effectué à l’aide d’un tamis, il suffit alors de broyer grossièrement la plante au-dessus dans un premier temps afin d’en sortir les plus gros éléments.

Une fois recueillies ces minuscules enveloppes et feuilles, il convient ensuite de les hacher le plus finement possible avant de les associer au tabac qui aura subi le même hachage. Il est à noter que ce tabac noir, cultivé sans contrôle de l’état qui ne perçoit pas de taxes pour lui, est aussi prohibé que le cannabis…

Convivialité

Le kif est ensuite fumé à l’aide d’un sebsi, un petit fourneau de terre cuite (shkofa) fixé sur un long et fin manche de bois qui permet à la fumée de se refroidir avant de l’inhaler. Pour les marocains, c’est la façon traditionnelle de fumer le kif.

Nettement moins cher que le haschich, et plus convivial, fumer le sebsi est une pratique sociétale encore répandue et appréciée au Maroc…

Histoire et politique autour du haschich au Maroc

En 1996, un biologiste allemand, Stefan Haag, précise qu’à la fin du XIXe siècle, près de 90 % des besoins pharmaceutiques français provenaient du Rif et de rajouter que le Maroc est l’une des premières régions du monde où le cannabis a été cultivé à des fins psychotropes.

Même si une partie des récoltes était destinée à d’autres régions marocaines, le kif produit dans le Rif l’était avant tout dans une optique d’autoconsommation.

Cependant, au Maroc, cet usage psychotrope du kif restera longtemps l’apanage des adeptes de certaines confréries soufies, gnaouies ou hmadchas qui en consommaient exclusivement durant leurs rituels mystiques.

Dépassant cette utilisation strictement religieuse, la consommation du kif, considérée comme sociale et récréative, gagnera dès le début du XXe siècle une large frange de la population marocaine, surtout masculine, et ce, toutes classes sociales confondues.

Cette pratique sociétale et conviviale du sebsi perdurera jusqu’à la fin des années 80. La transformation du kif en haschich à partir des années soixante changera la perception du cannabis dans la population marocaine qui ressentira davantage ce dernier comme une drogue.

Le cannabis au Maroc

Les historiens s’accordent à dire que le cannabis aurait pénétré au Maroc avec les conquérants arabes qui en ramenèrent des graines du Moyen-Orient et d’Asie. Au départ cantonnée sur des surfaces limitées dans les régions du Haouz et du Gharb, la culture est d’abord destinée aux préparations médicinales et à la fabrication de tissus. C’est à partir du XVe siècle que la propagation du kif s’effectuera dans les massifs reculés du Rif central et particulièrement dans la région de Ketama.

À la fin du XIXe, un missionnaire et anthropologue français né à Tlemcen, Auguste Moulieras, signale sa production par la tribu sanhadja des Beni Khaled dans les environs d’Oujda, à l’est du Rif et du pays.

C’est aussi en cette deuxième moitié de siècle que le Sultan Moulay Hassan (1873-1894) en autorise la culture dans cinq douars (villages) des tribus des Kétamas, des Beni Saddates ainsi que chez les Beni Khaled en pays sanhadja.

Ces tribus sanhadjas étant traditionnellement en dissidence envers le Makhzen qui est le pouvoir central, cette décision, qui n’avait rien de philanthrope, avait été prise pour calmer et pacifier ces tribus turbulentes du ‘blad ciba’.

Ce terme de blad ciba est fréquemment utilisé pour désigner un territoire hors-la-loi qui n’était pas vraiment contrôlé par ce pouvoir central et concernait particulièrement les régions de l’est, et du sud-est du royaume ainsi qu’une partie du Haut Atlas central et oriental.

Sous les protectorats français et espagnols

En 1912, le Maroc sous le double protectorat français et espagnol fut divisé en deux. Dans la zone nord du Rif qu’elle contrôlait, l’Espagne ne remit pas en cause cette culture devenue traditionnelle pour certaines tribus du Rif.

Dans la République indépendante du Rif (1921-1926) créée par la résistance rifaine dirigée par Abdelkrim al-Khattabi, le chef de guerre berbère considérant que la consommation du kif était en contradiction avec les préceptes coraniques en fit notablement diminuer la production. Cependant, les Espagnols, après leur victoire et dans un but d’apaisement, autorisèrent à nouveau sa culture autour de Ketama.

Côté français, le Général Lyautey, dans l’espoir d’isoler l’expérience révolutionnaire et nationaliste amorcée par Al-Khattabi, autorisa en 1926 la culture du cannabis au nord de la ville de Fès. Mais à travers cette expérience, qui ne dura que trois ans, Lyautey avait aussi comme objectif, comme d’autres politiciens avant lui, de calmer et contenter les tribus voisines des régions rebelles qui venaient juste de se soumettre à la domination française.

La Régie Marocaine des Kif et Tabac

C’est suite à la conférence d’Algésiras en 1906 que le monopole des achats et ventes de tabac et de kif fut accordé à cette multinationale aux capitaux français. La Régie avait son siège à Tanger et une usine à Casablanca. C’est sur ces deux sites qu’étaient traités le tabac et le cannabis.

Le kif qui n’était au départ qu’un mélange de ces deux plantes était alors uniquement destiné au marché intérieur.

Copiée sur le modèle de la Régie Indochinoise de l’Opium, La Régie avait le contrôle total de la production et de la distribution du kif, excepté celui produit dans les zones du Rif sous administration espagnole. Les contrats qui liaient les petits producteurs garantissaient les prix et les quantités, les qualités et les méthodes de transformation ainsi que les terres allouées pour les cultures de cannabis et de tabac.

En vente libre dans les points de vente de la Régie et ceux de concessionnaires agréés, le kif, qui contenait deux tiers de cannabis séché et finement coupé pour un tiers de tabac brun, était emballé dans des paquets cartonnés scellés d’un timbre fiscal de la Régie…

La prohibition

Conformément à ses engagements internationaux, la France qui en avait interdit la production et le commerce sur le territoire métropolitain l’élargit au Maroc.

Ainsi, pour la première fois au Maroc, le dahir du 22 décembre 1932 prohiba strictement la culture du cannabis sur le territoire marocain sous contrôle du protectorat français… à l’exception de celui cultivé sous la tutelle de la Régie. Cela concernait la plaine du Haouz (région de Marrakech) et celle du Gharb (région de Kenitra).

Un dahir d’avril 1954 étendra cette interdiction de culture et de consommation à tout le Maroc sous administration française.

Après l’indépendance en 1956, très mal accueillie par des milliers de petits cultivateurs habitués à la tolérance espagnole, la prohibition fut appliquée sur tout le territoire national marocain… À l’exception, une fois encore, d’une zone vraiment très restreinte autour du village d’Azilal dans la région d’Al Hoceima.

À la fin des années cinquante, la forte montée du chômage dans le Rif, les hausses de prix déclenchèrent un mouvement social, ‘’la révolte des montagnes’’, durement réprimé par l’armée. Révolte sociale qui amena le jeune gouvernement marocain à plus de tolérance envers la culture du kif et le développement de cette économie informelle faisant déjà vivre plusieurs centaines de familles rifaines.

Maintenant en l’espèce les zones cultivées, un statu quo accompagna les dix années suivantes durant lesquelles la culture et le commerce du kif s’efforcèrent de rester discrets.

La fin d’une tradition

Une demande européenne de plus en plus forte, alliée à une précarité économique des plus oppressantes pour les populations rifaines, a fait s’accroître les superficies cultivées à partir des années 70, celles-ci dépassant pour la première fois les 10 000 hectares.

Pour satisfaire cette demande extérieure, la transformation de l’herbe en haschich et huile prit de l’importance.

C’est une communauté hippie composée de français, de hollandais, d’Allemands et d’Américains, établie à Ketama qui initiera les producteurs locaux aux modes d’extraction nécessaires à cette transformation.

Le haschich marocain et son huile virent le jour et en quelques mois remplacèrent progressivement l’utilisation du kif traditionnel. Le sebsi tomba en désuétude et un changement sociétal s’opéra, car si le fumeur de sebsi jouissait d’une aimable respectabilité, le fumeur de joints était loin de profiter de cette tolérance.

La consommation du hachich se développera rapidement parmi la jeunesse urbaine marocaine alors que l’usage du kif perdurera dans les campagnes et régions montagneuses ce qui explique peut-être une plus grande tolérance de la part des autorités à son encontre.

Années de crise

La crise économique qui frappa dans les années soixante-dix et quatre-vingt fragilisa encore et durement une paysannerie rifaine possédant peu de terres et de moyens, n’ayant pas accès aux crédits ou aux aides d’état. Ne pouvant faire face à une agriculture de plus en plus modernisée et extensive et à l’importation des produits alimentaires, la culture du cannabis sembla une bonne opportunité pour un grand nombre d’entre eux.

Peu à peu des réseaux se mirent en place et le Maroc remplaça bientôt d’autres pays comme le Liban ou l’Afghanistan déchirés par les guerres comme fournisseur incontournable du haschich en Europe.

Du noyau initial du pays Sanhadja, Ketama et sa région, les cultures se sont étendues à d’autres régions rifaines comme au pays Ghomaras ou chez les Jebalas ainsi qu’à l’est dans la région d’Al Hoceima.

Cette monoculture extensive du cannabis qui s’accroissait encore après les années 2000 met toute la région du Rif et des environs dans une situation difficile. Ainsi la ville de Chefchaouen et ses environs ont perdu leur autosuffisance agricole et alimentaire. Il en est de même dans les régions de Ghomaras et d’Akhmas où les terres vouées traditionnellement à l’élevage et à diverses cultures d’autosuffisance sont maintenant essentiellement plantées de cannabis.

Le Maroc, premier producteur mondial de hachich

La superficie de culture de cannabis marocain qui était d’une centaine d’hectares au début des années soixante atteignait 50 000 hectares 20 ans plus tard pour culminer à 100 000 hectares durant la dernière décennie du XXe siècle. La récolte en est estimée à environ 30 000 tonnes annuelles dans les années 2000, soit dans les 70 % de la production mondiale.

Détrônant les grands pays producteurs, plusieurs études internationales attestent du rôle tenu par le Maroc comme premier producteur et fournisseur mondial de cannabis.

Sous la pression de ses partenaires européens, le Maroc a entamé une politique dure d’éradication du cannabis au début des années 2000 avec comme résultat de se mettre la population rifaine à dos sans résultat probant. La culture s’étant étendu à d’autres régions proches du Rif comme Larache et Ksar el-Kébir, une mise en place de cultures de substitution a aussi été un échec.

Toujours est-il qu’à l’heure où l’on parle de plus en plus de légalisation du kif, et non du haschich, surtout en période électorale, notamment avec le PAM (Parti Authenticité et Modernité) très implanté dans le nord du Maroc, le problème de la légalité de sa culture reste toujours aussi brûlant et controversé.

Législation, vigilance et qualité

Même si pour des raisons de politique intérieure la culture du cannabis a de tout temps été tolérée voir encouragée, sa vente et sa consommation sont dûment interdites et durement réprimées depuis l’accession au trône de Mohammed VI malgré une relative bienveillance envers les vieux fumeurs de sebsi.

Deux partis politiques, le PAM et l’Istliqlal, demandent la légalisation du cannabis à des fins thérapeutiques et industrielles ainsi que l’amnistie pour les quelques 48 000 cultivateurs rifains travaillant en semi-clandestinité et la tenue d’un débat national à ce sujet.

L’Istliqlal propose aussi 5 zones de culture : Al Hoceima, Chefchaouen, Ouazzane, Tétouan et Taounate ainsi qu’une agence étatique pour en contrôler la production et la commercialisation.

Dans les faits, un dahir de 1917 tolère toujours cette production dans la région amazighe de Ketama-Issaguen et les surfaces cultivées seraient inférieures à 50 000 hectares.

Savonnettes parfois coupées à d’autres produits

Contrairement au kif ou à la marijuana, le haschich est un produit transformé dont on peut modifier la qualité ou la quantité à l’aide d’adjuvants et… c’est dans le haschich marocain que l’on en trouve le plus.

Médicaments psychotropes pour en améliorer les effets, cirage, cire, paraffine, huile de vidange, henné… les techniques ne manquent pas pour multiplier les coupages. Les fameuses savonnettes des années 90 souvent composées de feuilles d’herbe pulvérisée et liées avec de la paraffine dans lesquelles des médicaments étaient ajoutés, en est une bonne illustration.

Les effets en sont souvent assommants, provoquent des maux de tête ou fatigue. Par manque de contrôle dû à son interdiction, le haschich marocain vendu en France est loin de présenter une qualité optimale. 70 % des haschichs testés pour certaines études contiendraient des substances nocives pour l’organisme.

Au Maroc, s’il est courant en ville, il reste ardu de se procurer du cannabis dans les lieux peu urbanisés. Quand bien même, tout pouvant arriver, la prudence reste de mise à tous les égards pour ces achats loin d’être anodins.

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